Ports, terre d’accueil pour les nouvelles industries et énergies

©© GPMD - Port ouest de Dunkerque.

La présentation des trafics et des résultats des grands ports maritimes métropolitains pour l’année 2023 a été l’occasion de confirmer de nombreux projets d’implantations industrielles et énergétiques d’envergure. En lien et au service de la filière « mobilité électrique » dans les Hauts-de-France, Dunkerque accueillera deux gigafactories de batteries : Verkor, dont la première pierre a été posée le 16 novembre 2023 pour une mise en service prévue en 2025, et ProLogium, annoncé le 12 mai 2023, pour une ouverture en 2026. S’ajoutent la création d’une usine de cathodes pour batteries lithium, par Orano & XTC New Energy, et des installations de recyclage pour batteries portées par le duo Eramet-Suez. Pour alimenter ces industries en énergie, plusieurs projets sont lancés ou à l’étude dans l’éolien offshore, le solaire photovoltaïque, l’hydrogène vert et les carburants de synthèse. En parallèle, EDF a officialisé son projet de deux EPR sur le site de Gravelines qui profiteront aussi à Calais. Le port de la Côte d’Opale envisage, avec les compagnies P&O et DFDS, d’électrifier les ferries avec Douvres, d’ici 2030.

À Marseille/Fos, plusieurs consultations publiques ont été menées en 2023 annonçant de futurs développements industriels. À commencer par le projet Carbon visant à créer une giga-usine de panneaux photovoltaïques. La deuxième consultation a concerné le projet H2V. Il prévoit deux unités (six à terme) de production d’hydrogène « vert » par électrolyse de l’eau. D’une capacité de 600 MW, les 84 000 t d’hydrogène fabriquées par an devraient servir à produire des carburants maritimes et aériens bas carbone. D’ici 2028, une partie de sa production alimentera aussi le complexe industrialo-portuaire local. Hydrogène toujours, mais au service de la métallurgie décarbonée, la troisième concertation s’est achevée en janvier dernier. Elle concernait le projet GravitHy (2,2 Md€, mise en service prévue en 2027).

Lauréate en 2023 de l’appel à projets « Zones industrielles bas carbone (ZIBAC) » porté par l’Ademe, la transition industrielle et énergétique de l’estuaire de la Loire rassemble le grand port maritime de Nantes–Saint-Nazaire (GPMNSN), des collectivités locales et plus de 500 entreprises ligériennes générant 28 600 emplois. Avec l’objectif de réduire de 50 % les émissions carbone de la zone d’ici 2030 (5 à 6 Mt de CO2 par an actuellement), sa feuille de route a été présentée le 19 février dernier. Sous quatre ans, de nouvelles capacités de production sont envisagées dans l’hydrogène renouvelable, la capture et la valorisation du CO2 industriel, le biogaz et les biocarburants. Avec la société Lhyfe, la création d’un hub « Hydrogène vert » devrait voir le jour en 2028 à Montoir-de-Bretagne. Cette future usine de 250 MW fournira jusqu’à 30 000 tonnes d’hydrogène par an destinées au complexe industrialo-portuaire et maritime ligérien. De son côté, EDF a annoncé la création d’une unité de production de carburant d’aviation durable synthétique (projet Take Kair). En parallèle, le GPMNSN a engagé une réorganisation d’une partie de ses surfaces pour répondre aux exigences de la filière éolienne au large de Saint-Nazaire et accueillir ces nouvelles activités. En plus de profiter aux ports de Normandie (Dieppe, Caen, Cherbourg) ou de Nantes–Saint-Nazaire, l’industrie éolienne marine booste aussi les trafics « colis lourds » du port de La Rochelle avec, cette année, la réalisation du parc d’Yeu-Noirmoutier. Le port de Bordeaux ambitionne également un développement dans l’éolien marin au Verdon.

Pour clore ce tour d’horizon, non exhaustif, des projets énergétiques et industriels portuaires, Haropa et la vallée de la Seine se positionnent dans les carburants renouvelables et bas carbone notamment. La construction de trois usines est prévue. Portées par Engie, lauréat d’un appel à projets lancé par Haropa en 2022, deux sont situées au Havre. Elles fabriqueront du biométhane, avec CMA CGM pour partenaire, et du e-kérosène ainsi que de l’hydrogène vert avec Air France-KLM. Ce double projet représente un investissement d’un milliard d’euros. À l’initiative de Verso Energy, la troisième usine, à Grand-Quevilly près de Rouen, fournira de l’hydrogène bas carbone et des carburants de synthèse à partir de CO2 valorisé. Cet investissement est estimé à 500 M€. Mi-mars, ces annonces ont été complétées par la société Lhyfe. Elle construira une usine de production d’hydrogène vert de 100 MW à Gonfreville-l’Orcher d’ici 2028.

Encore à ses débuts, la transformation des modèles économiques, industriels et énergétiques des GPM métropolitains se vérifie déjà dans leurs résultats financiers. L’essentiel déclare des chiffres d’affaires et des investissements pour 2024 en hausse, portés par l’augmentation de leurs revenus domaniaux. En revanche, leurs droits et frais de port, calculés sur les marchandises et les escales, ont tendance à stagner, voire à diminuer, en 2023. L’an passé, le trafic des six GPM a en effet reculé : Haropa 81,3 Mt sur la seule activité maritime (- 4,5 %), Marseille/Fos 71,9 Mt (- 7 %), Dunkerque 44 Mt (- 10 %), Nantes–Saint-Nazaire 28,4 Mt (- 4 %), La Rochelle 8,6 Mt (- 10,6 %) et Bordeaux 6,1 Mt (- 5,6 %). Cumulé, leur tonnage s’est contracté de 6,8 % (240 Mt environ). Expliquée par une conjoncture économique défavorable et les événements géopolitiques, cette baisse correspond à la diminution moyenne observée dans les autres principaux ports ouest-européens – mis à part dans les conteneurs où Haropa, Marseille/Fos et Dunkerque ont enregistré des replis plus sévères, sous l’effet d’un manque de fiabilité et des mouvements sociaux contre la réforme des retraites.
La transformation des modèles économiques, industriels et énergétiques des ports maritimes pose un enjeu foncier aussi. Deux mesures viennent d’être prises par l’État pour préserver et augmenter leurs réserves foncières. La première, annoncée le 29 mars par le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, prévoit l’aménagement de 1 500 ha de foncier supplémentaire dans les domaines gérés par Haropa et les GPM de Marseille/Fos et Dunkerque. D’ici 2030, cette réserve devra comprendre cinq emprises capables d’accueillir des sites industriels de plus de 100 ha. Le coût de son aménagement est estimé à 1Md€ financé par l’État et les GPM. La seconde mesure concerne la nouvelle liste de 55 sites « clés en main » dévoilée le 16 avril. Une dizaine concerne des terrains sur ou à proximité de GPM métropolitains avec des surfaces jusqu’à 75 ha.

Erick Demangeon

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