L’ADEME tempère le caractère écologique du véhicule électrique

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Pour lutter contre le réchauffement climatique, il y a « voiture électrique » et « voiture électrique ». Avant ses premiers tours de roue, ce type de véhicule a déjà produit plus de CO₂ qu’un véhicule thermique en raison de l’extraction des métaux nécessaires aux batteries. Il faut, par ailleurs, rouler longtemps avant de commencer à prendre l’avantage sur la voiture à moteur à combustion. Mais tout dépend en fait de la taille de la batterie et de la voiture. « Par rapport à une berline compacte diesel, la dette carbone est remboursée au bout d’environ 15 000 km pour un petit véhicule de type citadine électrique alors qu’elle n’est remboursée qu’après 100 000 km pour un SUV électrique haut de gamme. » L’ADEME établit ce constat dans un avis intitulé Voitures électriques et bornes de recharge publié le 12 octobre. L’organisme liste les conditions pour que ce type de motorisation soit à la fois bénéfique pour le climat, accessible à tous et qu’il limite son impact sur le réseau électrique. La capacité de la batterie – l’ADEME recommande une puissance inférieure à 60 kWh – est « le critère numéro 1 » pour agir sur les émissions. Autres obstacles à lever, « la sécurisation des approvisionnements dans les métaux […] qui va devenir stratégique », mais le prix à l’achat qu’il faut abaisser pour que le plus grand nombre passe à l’électromobilité. Entre la hausse des prix des matières premières d’un côté et le développement d’un marché de l’occasion de l’autre, quelle tendance l’emportera ? Le rythme de déploiement du réseau de bornes de recharge et le choix du moment de la recharge sont également importants. Y procéder « aux heures méridiennes et la nuit » est plus vertueux en mobilisant « plus d’électricité renouvelable et bas carbone ». Enfin, les scientifiques de l’ADEME prennent les pouvoirs publics à contrepied en affirmant que la « la voiture électrique ne remplacera pas le véhicule thermique sur tous les usages » c’est-à-dire sur longue distance, notamment parce que cela nécessite des batteries puissantes et donc émettrices de CO₂.

Cette note fait écho au scepticisme qui gagne l’opinion au sujet des stratégies publiques européennes et françaises du tout électrique en vue de la fin de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035. La décision d’Emmanuel Macron, annoncée avant le Mondial de l’auto, de porter le bonus écologique pour l’achat d’un véhicule électrique à 7 000 € au lieu de 6 000 « pour la moitié des ménages, les plus modestes » interroge, car il revient en partie à faire subventionner par le contribuable français l’achat de véhicules chinois, aux prix très compétitifs et qui commencent à inonder le marché.

Marc Fressoz

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