Éolien en mer : un chemin semé d’embûches en France

©CAPA Corporate - Parc éolien au large de Saint-Nazaire.

Au large de Saint-Nazaire, le premier parc éolien en mer, ou offshore, fonctionnera à 100 % de sa puissance (480 mégawatts) d’ici à la fin de l’année. Inauguré le 22 septembre par Emmanuel Macron, il produira jusqu’à 1,7 TWh par an et a représenté un investissement d’environ 2 Md€. Son maître d’ouvrage, la société Parc du banc de Guérande composée d’EDF Renouvelables et d’Enbridge, a opté pour la technologie dite « posée » ; ses 80 éoliennes ayant été enfoncées dans le sol marin, entre 12 et 25 m de profondeur, au moyen de tubes d’acier (technique appelée « monopieu »).

La mise en service de ce parc, situé entre 12 et 20 km des côtes sur 78 km², marque le lancement d’un programme national engagé dès 2008 et réactualisé par le chef de l’État le 10 février 2022. Depuis cette date, il prévoit la réalisation de 50 parcs éoliens offshore d’ici 2050 pour une capacité de 40 gigawatts (GW). Cette projection s’inspire du rapport « Futurs énergétiques 2050 », présenté le 25 octobre 2021 par Réseau de transport d’électricité (RTE) et complété le 16 février 2022. Une des conditions communes à ses scénarios pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 est « une forte croissance des énergies renouvelables dans la production d’électricité », dont 25 GW pour l’éolien offshore a minima.

Éolien posé versus flottant

Selon RTE, la compétitivité de l’éolien en mer augmente avec la taille des parcs et s’est sensiblement améliorée ces dernières années. « Cela en fait une des filières les plus prometteuses pour la production d’électricité bas-carbone à long terme », affirme-t-il. La baisse des coûts de l’éolien en mer profite à la technologie « posée », la seule exploitée à ce jour à grande échelle, par les pays d’Europe du Nord notamment. Elle est limitée toutefois, car adaptée à des profondeurs inférieures à 60 m. Or la plupart des côtes françaises ont des profondeurs qui augmentent rapidement avec l’éloignement des côtes. « Par conséquent, sur certaines façades maritimes françaises, en Atlantique et en Méditerranée en particulier, l’éolien en mer ne pourra se faire qu’avec des parcs éoliens flottants », reconnaît RTE. L’éolien en mer « flottant » repose sur l’installation d’éoliennes sur « flotteurs » maintenus en position par des câbles reliés à des ancres ou des corps morts posés sur le sol marin. Cette technologie au stade expérimental est plus coûteuse à ce jour. Elle permet cependant d’aménager des parcs éoliens plus éloignés des côtes et, a priori, des localisations « plus conciliables » avec les autres usages maritimes, comme la pêche, ou avec les nombreux opposants de ces projets. L’éloignement renchérit le coût de raccordement des parcs aux réseaux électriques en revanche.

Douze années se sont écoulées entre le lancement du parc de Saint-Nazaire et sa mise en service en raison des oppositions que suscitent ces installations et la durée des procédures, recours compris. Pour des infrastructures identiques, les temps de réalisation sont de cinq ans en Allemagne et de six au Royaume-Uni. Dans ces pays, la puissance installée de l’éolien offshore s’élève respectivement à 7,7 GW et 10,4 GW.
Pour réduire ces délais et rattraper ce retard, Agnès Pannier-Runachier, ministre de la Transition énergétique, a présenté un projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables au Conseil des ministres du 26 septembre. Pour l’éolien offshore, il prévoit une approche par façade maritime, afin d’éviter la multiplication des procédures pour chaque projet, une révision de son cadre juridique pour raccourcir les instructions, et un meilleur partage territorial de la valeur (pour toutes les énergies renouvelables). L’examen du texte par le Parlement est prévu fin octobre ou début novembre.
Une quinzaine de projets d’éoliens en mer « posés » et « flottants » sont lancés ou au stade d’études en France sur les façades Manche, Atlantique et Méditerranée. La moitié a été attribuée à des entreprises ou consortiums. Après celui de Saint-Nazaire, les prochains parcs éoliens en mer « posés » seront mis en service au large de Fécamp (71 éoliennes), de Courseulles-sur-Mer (64) et Saint-Brieuc (62) entre fin 2023 et 2024. En parallèle, quatre pilotes de parc éolien « flottant » seront lancés à Gruissan, à Leucate, dans le Golfe de Fos et à Groix-Belle-Île.
Selon l’Observatoire des énergies de la mer, le secteur des énergies marines renouvelables emploie 6 600 personnes en France (+ 36 % en 2021). Ses investissements se sont élevés à 2,6 Md€ l’an passé pour un chiffre d’affaires de 1,3 Md€ (+ 65 %). Pour atteindre une puissance de 40 GW dans l’éolien en mer d’ici 2050, il faudrait finaliser 2 GW d’appels d’offres par an, précisent l’Observatoire et RTE.

Erick Demangeon

ACTUALITÉS

LE POINT SUR

Vers de meilleures conditions d’accès au réseau ferré pour le fret

Erick Demangeon

LONGUE DISTANCE

Le PDG d’Aéroports de Paris appelle à un usage modéré de l’avion !

Jean-Claude Pennec

LONGUE DISTANCE

CDG face à des menaces de plafonnement des vols ?

Jean-Claude Pennec

INFRASTRUCTURES

Les autoroutiers cherchent la solution pour les poids lourds électriques

Marc Fressoz

STRATÉGIE

Le transport public en crise face au changement climatique

Marc Fressoz

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

L’ADEME tempère le caractère écologique du véhicule électrique

Marc Fressoz