En pleine croissance en France comme en Europe, l’aviation d’affaires est de plus en plus mise en cause

©iStock

Par définition discrète, l’aviation d’affaires est aujourd’hui montrée du doigt en Europe comme en France, premier marché sur le continent en nombre de mouvements d’avions de ce type d’aviation. En 2021, on a comptabilisé 243 189 mouvements d’avions d’affaires en France, en hausse de 2,5 % par rapport à l’année 2019. En effet, ce trafic qui marquait le pas depuis 2008 a, sous l’effet de la crise sanitaire, paradoxalement redécollé dès l’été 2020 au point de dépasser les niveaux de 2019 dès juillet 2021. En 2021, l’aviation d’affaires a d’ailleurs atteint 20 % de parts de marché en Europe contre 8 % en 2019. La réduction des vols commerciaux réguliers internationaux et le risque de transmission du virus ont effectivement renforcé l’attrait pour cette aviation à la très grande flexibilité.

Selon un décompte de l’EBAA, ces vols souvent pointés du doigt sont de nature très diverse : les vols d’affaires représentent 60 %, les vols sanitaires 30 % et le transport de médicaments et de matériel spécifique 10 %. D’après l’association, les vols purement privatifs correspondent à moins de 10 % des vols d’affaires, alors que 80 % des vols en France sont à vocation professionnelle – ne sont pas compris les vols gouvernementaux, sanitaires ou privés. Ces derniers, les plus contestés, tels ceux de Bernard Arnault ou de François-Henri Pinault, grands utilisateurs de ces appareils, constituent pour ce secteur qui représente en France 101 500 emplois une infime minorité.

VERS UNE TAXATION DU KÉROSÈNE ?

La polémique est née d’un rapport d’une ONG belge, Transport & Environnement, révélant que les jets privés équivalent à 1,6 % des émissions du transport aérien en France, soit 400 000 t de CO₂ sur près de 24 millions de tonnes, et que c’est trop au regard du faible nombre de passagers transportés. Une situation dénoncée par Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Écologie – Les Verts (qui affirme : « Il est temps de bannir les jets privés »), et par David Belliard, adjoint à la maire de Paris, qui déclare que de tels avions produisent « 10 fois plus de carbone qu’un avion classique […] et sont 10 fois plus polluants qu’un train ». Or, corrige le GIFAS, si l’aviation d’affaires représente en fait 10 % du trafic mondial, elle n’intervient que pour 0,04 % des émissions de CO₂ au niveau planétaire.

C’est dans ce contexte que les autorités européennes et françaises tentent de définir un axe d’intervention. Ainsi, la Commission européenne prépare un projet de loi de taxation du kérosène dans le cadre du plan climat de l’Union européenne en cours de discussion à Bruxelles. Le projet vise en effet à supprimer l’exemption de taxe appliquée au kérosène et à appliquer au contraire une taxe de 38 centimes d’euro par litre qui pourrait entrer en vigueur à partir de 2024. Pour être adopté, le projet nécessite toutefois un vote unanime de la part des élus européens. Or Malte et Chypre s’opposeraient actuellement au projet.

Parallèlement, en France, plusieurs membres du Gouvernement se sont prononcés sur le sujet à la suite de la déclaration de Clément Beaune, ministre des Transports, qui estimait, fin août 2022, qu’il fallait « réagir et réguler les vols en jets privés […] sans tomber dans la démagogie ». Et de proposer, dans un projet paru il y a peu, d’augmenter la fiscalité de l’aviation d’affaires dès 2023, tout en privilégiant l’alternative TGV pour les vols inférieurs à deux heures trente. Plusieurs membres du Gouvernement se sont démarqués de leur collègue, dont Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, qui considère que « les enjeux sont plus stratégiques que cela », Matignon appelant à la mise en place d’un « plan global ». L’ACNUSA, pour sa part, réclame que « ce segment d’activités ne reste pas en dehors des efforts demandés à l’ensemble de la société pour réduire les externalités des activités humaines […] qui portent atteinte à la santé, à l’environnement et au climat ».

Pour anecdotique qu’il soit, le déplacement par avion privé de l’équipe de football du PSG à Nantes pour un match du championnat le samedi soir du 3 septembre a suscité de nombreux commentaires, d’aucuns recommandant l’utilisation du TGV pour de tels voyages. Alors que le coup d’envoi du match était donné à 21 h, le dernier TGV Nantes-Paris était annoncé ce soir-là à 20 h 05, démontrant à sa façon la difficulté d’organiser certains déplacements autrement qu’en jet privé.

Erick Demangeon

ACTUALITÉS

LONGUE DISTANCE

Le BEA appelle Air France au strict respect des procédures

Jean-Claude Pennec

INFRASTRUCTURES

L’impact environnemental de l’accès fluvial à Port 2000 interroge

Erick Demangeon

CONCURRENCE & MARCHÉS

Les ratages franciliens de SNCF Réseau passés au crible

Marc Fressoz

TRANSPORTS DU QUOTIDIEN

Croisières et qualité de l’air

Erick Demangeon

STRATÉGIE

Pourquoi la SNCF défend son « second poumon » Geodis

Marc Fressoz

TRANSPORT DU QUOTIDIEN

Stationnement à Paris : la Cour des comptes au secours des concessionnaires de parcs souterrains

Marc Fressoz